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Yolande Moreau s'est rendue dans la "Jungle" de Calais et à Grande Synthe cet hiver pour donner la parole aux réfugiés dans "Nulle part en France", le premier documentaire de la comédienne césarisée et réalisatrice belge qui sera diffusé samedi sur Arte.

Il n'y a pas de place pour vous ici » ; Yolande Moreau, comédienne et réalisatrice, est partie filmer le camp de Grande-Synthe et la jungle de Calais, cet hiver. Dans la boue, sous la pluie, avec le regard honteux d'une française portée au-devant de l'indifférence politique de son pays, ce qu'elle appelle « l'Europe et son concert d'égoïsmes ».Yolande Moreau a confié par la suite avoir eu peur lorsque Philippe Brachet, rédacteur en chef du magazine Arte reportage, lui a demandé de réaliser ce film, partie d'une série multimédia de la chaîne franco-allemande sur les réfugiés. Cette peur, celle de débarquer avec caméra et bottes cirées au cœur de l'horreur n'a rien de plus légitime. À l'image : des hommes, des femmes et des enfants, retenus à vivre dans ce non-lieu, dans l'attente de pouvoir, peut-être, passer un jour en Angleterre. Des interviews de réfugiés, comme celui d'Hawré, géologue Kurde qui nous confie raconter à sa mère qu'il vit dans la plus belle région de France, qu'il est heureux pendant que Yolande Moreau filme les détritus, les rats morts et la colère de ce même homme. Puis la voix de la réalisatrice, douce, lente, lointaine, qui vient nous lire en off le texte poétique écrit par le romancier Laurent Gaudé. Les plans deviennent alors larges et la situation des camps du nord de la France revêt le manteau – plus confortable car plus distant – d'une réflexion humaniste, celle de l'Homme et de son ancrage ou non dans un espace. Celle de la vie humaine, prise dans le mouvement, les aléas du vent, de la pluie et de la terre (en l'occurrence ici, de la boue).

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Nulle part, en France a le mérite de nous emmener dans cette « jungle » et de nous confronter à nos peurs, à celle de ceux qui y vivent comme à celle de Yolande Moreau. Mais, au-delà des questions politiques et humanitaires qu'il soulève, il ne peut se détacher de problématiques humaines et éthiques profondes qu'il traîne en son sein. La question de la légitimité du regard vitré, distant, et magnifiée de la caméra ; et plus que la caméra encore, celle des mots beaux mais lointains de la voix off. Yolande Moreau semble se situer autant dans un entre-deux que l'accent qu'elle a voulu donner au thème, en appelant son film « Nulle part, en France ». La parole n'est jamais véritablement donnée aux migrants qui semblent perdre leur nom et leur individualité dans la vastité des longs arbres filmés, de la mer, de la terre. La réalisatrice parle des réfugiés en tant qu ' « ombres », il est dommage qu'elle ne leur donne alors pas plus de relief… Contrairement à ce qu'elle défend comme l'un de ses objectifs, il est difficile de s'attacher aux migrants interviewés.

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Le film ne leur laisse ni le temps, ni la place. Ils resteront alors des « réfugiés », comme cette petite fille debout dans la boue, face caméra, maintenue dans cet ailleurs par l'omniprésence de la voix off. L'admiration exprimée par Elsa Kleinschmager, cadreuse, à la vue de Yolande Moreau, qui pour les interviews, « dépliait sa chaise. Et se mettait, de fait, à hauteur des réfugiés avec lesquels elle discutait. »,vient un peu sonner comme une triste ironie.Mais jusqu'où peut-on filmer une telle situation ? La réponse n'est pas non plus une affirmation tranchée qui décrédibiliserait le travail de Yolande Moreau et de son équipe.  Ils ont, par ailleurs, l'honnêteté d'insérer dans le film, l'image qui canalise cette difficile question : tentant de passer une barrière puis repoussé par la police, un jeune homme lance un caillou qui vise avec colère la caméra qui capte calmement la scène. Les mots de Laurent Gaudé, la poésie de certaines images, seuls objets de maîtrise dans un tel film, sont alors peut-être une forme de refuge, face à l'indicible et l' « immontrable ».

Yolande Moreau : "Je voudrais qu'on cesse d'avoir peur"

LAETITIA G.

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