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Synopsis:Un jeune homme de la haute société épouse contre son gré une jeune fille humble. Plusieurs années plus tard, ayant abandonné sa femme et devenu un magistrat célèbre, il reconnait lors d'un procès sa propre fille Victorine accusée d'infanticide. Cette rencontre va faire basculer sa vie.

Le Président marque le passage de Dreyer du métier de scénariste à celui de réalisateur. Le cinéaste danois s’inspire ici d’une œuvre littéraire, Der Präsident, de l’écrivain austro-hongrois Karl Emil Franzos, publiée au début des années 1880. L’importance de l’écrit chez Dreyer est une constante. Il ne cessa en effet de transposer à l’écran des romans, nouvelles et, surtout, pièces théâtrales. A ses débuts, cette prédilection est probablement à relier à son désir de s’attirer les faveurs d’un public cultivé. Il faut se rappeler que le cinéma fut longtemps considéré comme une simple attraction. Aussi, pour obtenir ses lettres de noblesse, cet art se tourna-t-il très vite vers la littérature, qui, par son prestige, semblait alors seule susceptible « de tirer les images animées de l’ornière foraine dans laquelle […] elles promettaient de s’enliser». Symbole de cette volonté, Le Président s’ouvre et se clôt sur un livre dont on tourne les pages…

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On a coutume de penser qu’une première œuvre contient souvent des éléments autobiographiques. Dans le cas présent, puisqu’il s’agit d’une adaptation, on pourrait croire que ce n’est pas le cas. Le choix de Dreyer est en fait bien plus personnel qu’il n’y paraît au premier abord. Cette histoire, de fait, n’est pas sans évoquer celle de sa propre mère, Joséphine Nilsson, qui fut séduite et mise en enceinte par deux hommes, Jens Christian Torp Jr, le père du réalisateur, un riche héritier dont elle était la gouvernante, puis Gustaf Sjöberg. Si l’écart de situation sociale entre la jeune femme et le premier interdisait toute perspective de mariage, elle nourrit en revanche sérieusement l’espoir d’une union avec le deuxième. Mais celui-ci rompit également avec elle en apprenant sa grossesse. Afin de ne pas vivre un second accouchement clandestin, comme cela avait été le cas avec le jeune Carl, elle décida donc d’avorter. Elle recourut pour cela à un moyen dont les femmes de ferme de son entourage disaient qu’il était efficace et sans danger : en consommant des embouts phosphorés d’allumettes.. Elle en prit cependant une telle quantité qu’elle mourut d’un empoisonnement après plusieurs jours d’agonie. Un destin et une fin tragique à laquelle font échos l’abandon de Victorine par l’homme qu’elle aime et sa condamnation pour avoir causé la mort de son enfant.

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Et sans doute expliquent-ils les changements apportés à la trame du roman de Franzos : la culpabilité des hommes est fortement renforcée, puisque Karl Victor dans le film sait que sa maîtresse attend un enfant, alors qu’il l’ignore dans le livre.Si Le Président est marqué par une certaine emphase, notamment dans le jeu d’Halvard Hoff (mais c’est un défaut inhérent au cinéma muet), et si Dreyer lui-même le regardait comme une œuvre d’apprentissage, il n’en est pas moins très abouti sur le plan formel. L’auteur fait même déjà preuve d’une étonnante maîtrise plastique, en particulier pour le rendu des intérieurs. Chaque plan, comme dans ses films ultérieurs, semble construit avec un soin maniaque. Ce que confirment les notes autobiographiques rédigées par le réalisateur pour une monographie d’Ebbe Neergaard : « avec ce film, je m’efforçai de sortir de ces intérieurs en série et impersonnel tels qu’ils étaient imposés par un peintre spécialisé en décors. Contrairement à ce qui se pratiquait alors, je construisis moi-même mes décors. Je désirais pouvoir marquer mes films de mon empreinte jusque dans les plus petits détails ». Et d’expliquer plus loin qu’il voyait un rapport entre la personnalité d’un individu et son environnement. Ce souci du détail se porte aussi sur le jeu de ses interprètes, qui devaient, selon lui, être leur personnage, et non pas seulement leur ressembler. Une attitude qui caractérisera durant toute sa carrière sa direction d’acteur.

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Maurice Drouzy, spécialiste français du cinéaste, note que pour Dreyer « peu importe qu’on soit visionnaire si conjointement on ne connaît pas son métier. C’est la technique qui délivre le message». Le Président montre à cet égard la virtuosité déjà évidente de son auteur : prises de vue en plongée, utilisation du montage parallèle et, surtout, recours au flashback, procédé qu’il emprunte à l’un de ses confrères de la Nordisk Films Kompagni, Forest Holger-Madsen, qui l’avait expérimenté dès 1915. Bien que parfaitement maîtrisé, cette technique narrative ne le satisfit toutefois pas entièrement : « A mon avis, confiera-t-il bien des années plus tard, ce système de coffrets chinois fonctionnait mal et de manière artificielle ». De fait, il ne l’emploiera plus que rarement.

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Ce premier film, malgré ses très relatives imperfections, est la première pierre d’une œuvre majeure, dont on peut déjà apprécier la singularité à la fois thématique et esthétique, notamment dans quelques scènes d’une lumineuse beauté : le reflet de Karl Victor et de sa maîtresse s’embrassant sur un pont, la silhouette voilée de Victorine lors de son procès, l’ombre expressionniste du veilleur de nuit, la retraite au flambeau en l’honneur du magistrat... Il est disponible chez Danish Film Classics dans une très belle copie teintée, presque exempte de défauts. Les sous-titres des cartons sont en danois et en anglais. Seul bémol, les intertitres retranscrivant les échanges épistolaires, assez nombreux, sont quasiment illisibles. Cela ne nuit cependant pas à la compréhension du film.

Praesidenten, C. Th. Dreyer - 1919 -

CHRISTOPHE L.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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